Hiking dans l'Oural

le 28 décembre 2016 17:46

Nous sommes donc au cœur de la Russie, au carrefour entre 2 continents où traverse le mont Oural et le fleuve Oural. Encerclé de montagne et de foret nous avons à notre porté un immense plateau avec une nature sauvage et épargnée de l'homme.

La saison hivernale battant son plein avec l'hibernation de la majorité de la faune et de la flore, les conditions ne sont pas optimal dans ces paysages qui se renouvellent quotidiennement d'un voile de neige scintillant et abondant.
Déterminé, nous nous lions d'amitié avec Sergeï et Julia qui prennent plaisir à nous faire découvrir leur région et n'ont aucune crainte à randonner en hiver.

Au bout de quelques semaines nous planifions une excursions sur Малиновая, la montagne Framboise de l'Oural. Pour cela nous rejoignons Damien, un ami de julia qui ne parle pas un mot d'anglais mais connais parfaitement la région. Il habite dans une authentique et précaire bourgade en bordure de lisière.

Fort de mes expériences en France je me prépare à une randonnée pédestre entouré d'une nature unique. Je remplis mon sac de biscuit Russe, de pains fourrés patate/choux/poulet, d'une scie pour faire un petit feu et de mon hamac pour une petite sieste au dessus d'un ours en hibernation.
Cette promenade sera aussi l'occasion de repérer les lieux pour préparer le prochain objectif : un trek de 2 jours incluant une nuit en bivouac dans les montagnes de l'Oural !

Gonflé à bloc on commence sur les routes enneigées puis les sentier créés par le passage des motos-neiges.

Rapidement on se confronte au premier problème : les traces de moto neige vire au sud alors que le sommet est en direction opposé. Pas de carte, pas de panneaux et encore moins de sentier, on fait confiance à notre guide qui se repère avec l'environnement qui l'entoure.

Sans pression on commence à créer notre propre chemin dans une neige épaisse de plusieurs mètres en suivant un flan de falaise. On marche péniblement en suivant les traces toute fraîche du tête de file et on s'enfonce régulièrement, parfois jusqu'au genou. Parfois la neige s'affaisse et des crevasses apparaissent sous nos pieds. On se jette alors à plat ventre pour s'agripper à ce qu'on peut et ramper jusqu'à libérer sa jambe. Il s'agit de marcher léger en occupant une large surface et surtout de veuillez sur chacun.

Au bout d'une centaine de mètres les chaussures sont rempli de neige, le jeans gelé et les gants trempés. Heureusement qu'il fait chaud sous cette triple couche de vêtement. Le corps fonctionne à pleins régime et dégage une impressionnante fumée de condensation.

Notre guide nous indique qu'il faut eviter de se balader à flan de falaise où la neige est molle et les crevasses nombreuses. Avec notre rythme lent et épuisant il nous emmène vers un passage qu'il connait pour prendre un raccourcie. Sans corde et avec un peu de folie on se fraye un chemin dans une faille et prenons de la hauteur.

Notre premier sommet gravit on commence à voir au loin notre objectif, le pic de Малиновая. On en profite pour une petite pause avec un bon thé au gingembre de Sergei et on commence à réfléchir du temps qui nous reste avant la nuit. Ça va être tendu mais pas question d'abandonner, après avoir parcouru plus de 4400km depuis Lyon on va pas faire demi-tour pour quelques kilomètres de plus !

Alors que nous étions à l’abri en contrebas de falaise on se confronte maintenant au vent glacial. La neige est devenu compact et repose sur une couche de glace provenant des records de température des semaines précédentes. Il subsiste une fine pellicule de glace qui ne tient pas au sol et accompagne le vent en griffant notre visage lors de rafale. Ma première couche de vêtement humide de l'ascension de falaise est en train de geler, le temps de finir le thé je ressens qu'elle se s’épaissit et qu'il faut bouger rapidement.

Pour repartir de plus belle une petite pente arpentue s'offre à nous et nous donne un avant gout du terrain de jeux que sera le retour. Avec de jolies pirouettes on débaroule la pente le plus vite possible en enchainant les chutes et les bousculades. La glace qui solidifiait mes vêtements est maintenant brisée et je retrouve l'amplitude nécessaire pour marcher normalement. C'est reparti !

Nous rencontrons des arbres complètement arc-boutés sous le poids de la neige. On nous explique qu'il arrive que de violente tempête suivi d'une chute de température peut fixer la neige au tronc à la verticale qui ensuite se prosterne au sol pour éviter de rompre. Avec un temps grisâtre je réalise l'importance de rentrer avant la nuit surtout que, perdu en pleine foret, le réseau mobile a disparu.

On continu de grimper avec un bon rythme.
En prenant de l'altitude les arbres se font de plus en plus rare et la neige devient de plus en plus compact. Excité d'avoir enfin la vue sur le pic de Малиновая on augmente la cadence. En contrebas de la dernière falaise on commence une course effrénée sur une pente glacée. Certains ripent et glissent de plusieurs mètres, je commence à me tailler un escalier agenouillé dans la neige. Tout proche du pic je me retrouve sur une roche lisse, plus question d'avancer avec mon sac de 10kg. Je la contourne en suivant les traces de Damien, maintenant en haut, qui c’était dirigé vers un passage caillouteux.

Après 5 heures de marche nous voila enfin au pic de Малиновая, la montagne framboise de l'Oural.

On contemple le paysage assis au sommet les pieds dans le vide pendant de longues minutes. Le vent est tellement fort qu'on ne s'entend pas parler. Mes vêtements commencent de nouveau à geler pour devenir un seul bloc. J'ai terriblement froid.
Pourtant on reste de longue minute ébahit devant l'ampleur du paysage et de la distance qui nous reste à parcourir. Le soleil nous fait un dernier au revoir et décidons de partir.

J'avais complètement zappé mais la retour va être un jeu d'enfant, la pente est archi-raide et nous n'avons que le choix de se laisser glisser et rouler en cascade. Commence alors une course périeuse et acrobatique dans une neige poudreuse et moelleuse !

[GIF d'extrait de video de la descente]

Après plusieurs centaine de mètres on s'écroule, à bout de souffle. La neige est partout, dans les poches, dans la bouche, les narines... le plus terrible est au fond des oreilles !

On décide de faire une halte car il devient urgent de changer nos vêtement maintenant trempés.
Damien en profite pour faire un feu et Julia nous prépare un porridge. Après tous ces efforts et en perspective de tous les autres qui suivront ce fut le meilleure porridge de ma vie.

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Alors que le feu commence à s'enfoncer dans l'épaisse couche de neige, la nuit commence doucement à tomber. Il nous reste le double de distance à parcourir dans la foret sombre de sibérie... Damien nous averti que la faune se réveille en fin de journée et qu'il est plus prudent de marcher groupé.

A partir de ce moment tout repose sur lui, avec la fatigue et le froid nous sommes la plupart hors état d'initiative. Avec encore un peu d'énergie je me poste en fin de ligne pour clôturer notre groupe.

J'entends des bruits de vie derrière moi. Je me convainc que c'est le vent ou notre échos mais mon esprit n'est pas tranquille. Je m'équipe de mon couteau dans une mains et d'un bâton dans l'autre sans vraiment réfléchir à comment réagir. Pour une fois mes feux d'artifice aurait été utile !

Alors que nous nous rapprochons du village et que nous retrouvons les traces de moto-neige Damien me confirme qu'il a vu des traces fraîches d'animaux sur notre chemin. Sans vraiment percuter par manque d'énergie on fait une dernière photo avant de rejoindre la civilisation. logement

Au total nous avons effectué 4 randonnées, gravit 2 sommets, perdu 1 ongle de pieds et réussi 1/2 feux de camp mais surtout nous nous sommes tous surpassé, repoussé nos limite et apprit à mieux se connaître.
Non je n'ai pas fait de bivouac sur 2 jours mais oui j'y retournerai, mieux préparé et encore plus déterminé !

D'autre randonnés suivront dans ces immenses plaine Sibérienne

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Parfois moins chanceux avec des tempêtes de neige

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ou très chanceux avec l'aide d'un hermite qui nous rammène dans le bon chemin avec sa motoneige

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Benjamin qui s'adonne à sa passion de photographe www.chouvetbenjamin.wixsite.com/quadrivium

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Entre 2 tempêtes j'essaye de faire un feu avec Benjamin, malheureusement sans succès !

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