Ekaterinbourg & Kazan

le 10 juin 2018 20:07

2 mois, 1 semaine et 2 jours que nous n'avons pas quitté Magnitogorsk. Nous avons fait quelques sorties dans les montagnes mais ce fut de courte durée, un week-end tout au plus. Il est temps de vraiment s'éloigner. Malheureusement notre niveau de Russe reste faible, Clément arrive tout juste à commander un taxi au téléphone. Comme à son habitude Julia propose d'organiser ce voyage et de nous accompagner : nous partirons pour Kazan.

Petite piqûre de rappel de Magnitogorsk : il nous est interdit de quitter la ville. Sachant qu'aucune négociation est possible avec l'administration nous demanderons directement à nos professeurs de décaler quelques cours à plus tard et ainsi planifier un voyage de 5 jours. Contre tout attente je fus étonné de voir nos enseignants accepter ces changements en douce puis de jouer la carte de l'insouciance en oubliant, ou trop tard, de prévenir l'administration.


coat_kazan
Kazan est la 6eme plus grande ville de Russie, elle héberge de nombreuses compétitions olympique et accueillera le mondiale de foot 2018. Elle est la capitale de la république du Tatarstan qui est une région au sein de la Russie. Elle est peuplée en majorité de Tatars qui est un ancien peuple turco-mongol qui se diffère des Russes par leur propre langue et tradition mais surtout par leur physionomie, un mélange de robustesse à la Russe typé asiat.

Pour s'y rendre on décide une nouvelle fois d'utiliser les transports locaux : маршрутка. Ces fameux bus jaune increvable qui parcourent toutes les routes de Russie sous n'importe quelle condition. Je me prépare mentalement pour ces 900km de trajet, 12 heures à passer dans ces bus de la mort. Départ 19h pour le plus long et pénible trajet de ma vie.



12h c'est long. Les 3 premières heures sont pour l'excitation de partir de Magnitogorsk, les 3 suivantes à trouver une configuration confortable. Pour la pause de mi-trajet on réalise que ce bus dévore notre énergie et nous ronge de fatigue. La conduite est ponctuée de freinage d'urgence, coup de volant et klaxon. Impossible de fermer l’œil. Encore quelques heures de lutte puis j'arrive au bout de mes forces et m’assoupis entre 2 coups de stress.

Arrivé tôt le matin avant la levée du soleil on sort du bus avec la nausée du trajet, les petits yeux dans le brouillard et l'esprit encore endormi avant de se prendre une claque du vent glaciale et humide. On est arrivé ! En vie ! Comme pour la randonnée de Малиновая je me retrouve dans cet état extreme de nonchalance dans l'incapacité de prendre une bonne décision. Julia nous conduit dans un кофе ouvert 24h/24 pour reprendre nos esprit à l'aide d'un café gourmand bien mérité. Le soleil commence à se lever et la ville commence à nous dévoiler ses facettes.

La première découverte est de réaliser que nous sommes dans une vrai ville avec des trottoirs déblayés, des façades soignées et du mobilier urbain. 2 mois à Magnitogorsk m'a presque fait oublier la satisfaction d'un urbanisme réfléchit, normalisé et harmonieux. Mais pas le temps de rêvasser au chaud dans le кофе, sur 5 jours de voyage dont 1 entier dans un маршрутка de la mort nous partons de suite à l'exploration de Kazan.

On ère dans la ville tout en s'émerveillant devant chaque rue et chaque bâtiments d'une architecture remarquable. Dans les rues pavées on retrouve des œuvres artistiques qui nous avait manquées, des route et carrefour logiques et adaptés, un réseau urbain réfléchit. Ça fait du bien de se retrouver dans une ville millénaire conçu par l'homme pour l'homme.


Seul dans la ville au petit matin nous tombons par hasard sur le kremlin de Kazan. Nous découvrons d'immense lieux de culte de toute les religions rassemblés au sein d'une même fortification où chaque édifice se font face. Ivan le terrible l'a fait construire au XVI siècle pour protéger cette place au dimension religieuse et politique. Elle comprend le palais présidentiel, la plus grande mosquée d'Europe et de nombreux édifices chargé d'histoire.

Petit à petit la ville se réveil et les visiteurs commence à affluer. Nous quittons le kremlin et nous dirigeons vers notre logement pour un repos bien mérité.

Les prochains jours passent très vite. On enchaîne les visites de musée, on déambule dans les rues, on part à la recherche des curiosités de la ville, de ses rues piétonnes, de ses boutiques. C'est aussi l'occasion d'essayer une nouvelle nourriture, de se rendre compte de la diversité des plats proposés regroupe l'ensemble des spécialités des régions qu'entoures la Russie. Cuisine Géorgienne, Russe, Ukrainienne, Japonaise, Française (haha), Italienne, nos papilles se réveille !




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Passons maintenant à Ekaterinbourg, 4eme plus grande ville de Russie. Comme Magnitogorsk elle fut une ville fermée aux étrangers pendant l'ère soviétique. Elle est aujourd'hui gouvernée par un opposant à Poutine qui fait bénéficier à la ville une concentration d'artistes et de contestataires. Située bien plus au nord du Caucase, coté Asie, une atmosphère plaisante s'y dégage. Sans touriste, loin du kremlin et densément peuplé.

On en profite pour découvrir chaque œuvres dispersé dans la ville. Dans la rue des lignes au sol, des panneaux et des graffitis nous balade dans la ville comme un jeu de piste où plusieurs chemin se croise. On essaye de suivre les signes au sol qui nous emmène parfois vers une œuvre, parfois dans un bar ou dans une rue atypique, parfois nul part.

On passe nos journées à s'attabler dans des кафе qui ont chacun une atmosphère atypique propre aux idées du propriétaire. On plonge dans son imagination et on bois une pinte à coté d'une authentique Mitrailleuse MG-42 puis on sirote un thé dans une bibliothèque Napoléonienne entouré d'animaux empaillés. On dîne avec les couverts de Tsar puis on déguste des gâteaux géorgien dans un jardin d'intérieur.



C'est sans regret que je reviens à Magnitogorsk pour préparer mon départ, la tête rempli de bon souvenirs.
Ces 3 mois furent une expérience unique, immergé dans le quotidien des locaux, confronté à des situations inédites, découvrant des visions de notre monde différentes, biaisées ou véridiques mais surtout rempli de rencontres, de découvertes, d'émotions et de rebondissements.


Ce blog en garde une trace.


J'ai une forte pensée pour Anastasia, notre tutrice, pour sa gentillesse, son aide et sa coopération avec l'administration.
Mais aussi Julia pour nous avoir accompagné, partagé de son temps et de sa personne, de son soutient et de ses idées.
Nos tuteurs Bogdan et Kosty ainsi que TOUS nos profs de l'université et l'équipe de basket pour leur chaleureux accueille.
Nos amis sur place avec qui nous festoyons régulièrement, Sergei qui nous accompagna jusqu'au mont Framboise et bien d'autre.

Spécial mention pour Clément et Benjamin, mes acolytes de l'IUT. Ce cadre rustique et cette communauté réduite nous a tantôt soudé, tantôt éloigné. Tous unis pour défendre une cause commune puis divisés pour faire valoir ses intérêts. Vient ensuite les compromis pour vivre ensemble puis les solutions pour faire sa vie. Tous ces moments furent intenses et nous en apprend beaucoup sur nous, les autres, les Russes, le monde. On en ressort plus tolérant et lucide.